23 octobre 2014

AGPM - 80 ans d’histoire et d’innovation

A l’occasion de ses 80 ans, l’Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM) organisait hier à la Cité des sciences de Paris des sessions d’échanges sur cette plante épatante, en présence d’experts de haut vol.


Un événement qui marque 8 décennies d’actions syndicales et d’innovations, et qui montre à quel point la filière maïs s’est inscrite dans l’histoire économique, scientifique et culturelle de la France. A l’aube du XXIème siècle, alors que le maïs est la première céréale produite au monde, l’AGPM offre une vision prospective de la maïsiculture française et affiche ses ambitions pour l’avenir.

« Pour faire face aux grandes difficultés du moment et répondre aux nouveaux défis de la filière maïs, il ne faut pas oublier hier pour mieux comprendre aujourd’hui et construire demain. Refuser le progrès, c’est freiner l’avenir ».

Christophe Terrain, président de l’AGPM


Le mot de Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt

« Je connais la capacité productive du maïs, c’est une plante qui a d’énormes qualités, j’ai donc la volonté de la préserver et de la développer. Je ne ferme pas la porte à la recherche génétique mais il y a de nouveaux potentiels qui vont s’ouvrir à nous, il faut donc chercher des alternatives ».

Histoire et fillière :

Découvert en 1492 et ramené par Christophe Colomb, le maïs est cultivé en France depuis le XVIIème siècle. C’est à la suite d’une grave crise économique dans les années 30 que les producteurs de maïs décident de se rassembler et créent l’AGPM en 1934 à Orthez. Mais aujourd’hui, outre la structuration de la profession agricole avec les 4 piliers (syndicalisme, chambres d’agricultures, coopération, mutualité), le syndicalisme à vocation générale cohabite avec un syndicalisme spécialisé et de filières. Cette logique reste-t-elle valide avec aujourd’hui en France 350 000 exploitations professionnelles ?

Xavier Beulin, Président de la FNSEA et Président de Sofiprotéol, exprime sa fierté de l’état du syndicalisme agricole aujourd’hui : « l’agriculture représente le 1er secteur en matière d’emplois et d’exportations. Le syndicalisme n’est pas une idée ringarde car il peut apporter de vraies réponses et participer au débat. Nous souhaitons un syndicalisme moderne, responsable et ouvert, qui doit travailler dans la co-construction ».
Pour Michel Prugue, Président de la Confédération Française de l’Aviculture et du groupe coopératif Maïsadour, il est important de disposer de telles organisations pour convaincre la société et inventer le futur. François Purseigle, sociologue et professeur des universités, va plus loin : « il faut accompagner toute une population dans une société qui devrait offrir la parité sociale. Il faut adopter des façons de faire de la politique différemment alors peut-être que les modalités vont évoluer… ».
Selon Anne-Claire Vial, secrétaire Générale de l’AGPM et Présidente de Sol et Civilisation, les actions de lobbying qu’elles soient nationales ou européennes sont un moyen important pour se faire entendre, sans oublier l’échelle locale, pour ne pas négliger la proximité.

Economie et marchés

Le maïs français nourrit les hommes, les animaux et s’installe au cœur de l’économie et de la modernité. Aujourd’hui, cela représente aujourd’hui 1,650 millions d’hectares de maïs grain cultivé sur 5 % du territoire français et 17 millions de tonnes produites en 2014, soit ¼ de la production de céréales françaises : il créé de la valeur ajoutée sur des grands et petits marchés et génère près de 300 000 emplois. Mais il doit aussi faire face à une concurrence croissante et répondre à une demande sociétale. Pour s’adapter, le maïs doit partir à la conquête de nouveaux marchés. Mais quels sont-ils ? Où vont-ils se développer ? Quelles sont les opportunités pour la France dans un marché très évolutif ?

Michel Portier, Directeur Général Agritel, exprime son optimisme : « le maïs est la plante qui valorise le mieux l’eau et le soleil. Il est indispensable d’inscrire le maïs dans une filière d’énergie renouvelable ».
Pour Philippe Kerbidi, Chef Trading Maïs Invivo, les progrès sont déjà considérables car il est possible aujourd’hui de produire des maïs plus qualitatifs et des maïs variés et spécifiques selon les besoins.
La croissance verte vue par Jean-Luc Pelletier, Délégué Général USIPA : « c’est une croissance économique qui respecte l’environnement. La bio-économie prône le recours aux sciences du vivant. Et le maïs est la céréale de référence, elle est très bien adaptée ».
Arnaud Rondeau, céréalier dans l’Yonne et Président de la commission biomasse AGPM – AGPB, défend sa position de professionnel : « il faut donner à la filière des moyens d’investir pour innover et répondre à la demande croissante des marchés partout dans le monde. Pour s’en sortir, on ne demande pas des aides, juste des libertés ! »

Science et innovations

Les différents travaux de recherche et les nombreuses avancées majeures en biotechnologies permettront la limitation de l’impact des productions sur l’environnement et l’adaptation du maïs à de nombreux débouchés. La compétitivité du maïs français repose sur la compétence et la technicité de ses agriculteurs. La filière maïs est très souvent à l’avant-garde et relève de nombreux défis. Alors pour s’améliorer encore, quelles thématiques nécessitent d’être creusées dans les prochaines années ? Quelle responsabilité des entreprises semencières pour les évolutions à venir et les défis de la croissance démographique, du changement climatique, de la protection de l’environnement, de la biodiversité… ?

Eric Frétillère, monoculteur de maïs irrigué en Dordogne et administrateur de l’AGPM, estime que le potentiel d’innovation du maïs est important. C’est une agriculture pointue et performante qui doit répondre à des enjeux de taille : mieux gérer l’eau, produire plus, produire une meilleure qualité et respecter l’environnement.
François Houiller, PDG de l’INRA, précise qu’à l’INRA, des travaux se poursuivent sur la sélection, notamment avec un grand programme d’investissement d’avenir qui implique une vingtaine d’entreprises privées. D’autres recherches sur la modélisation, l’agriculture de précision ou la tolérance à la sécheresse. Toujours en partenariat avec la recherche privée.
Pour Eric Frétillère, le maïs a aussi beaucoup d’intérêt pour la société. Il s’exprime sur les OGM : « je préférerai avoir accès à la génétique plutôt que d’utiliser un insecticide ».
D’après Daniel Chéron, Directeur Général de Limagrain, le maïs est la plante majeure pour les semenciers. Même s’il faut communiquer, il estime que la balle est plutôt du côté des politiques. Il ne faut pas baisser les bras et se serrer les coudes.
Enfin, François Houillier explique que ces technologies sont en train de connaître une nouvelle révolution et il faut aussi être compétent pour les entreprises.





3 questions à François Bayrou, Président du Modem et maire de Pau

Qu’a apporté le maïs dans votre région ? Le Béarn, c’est le peuple du maïs. J’ai connu la révolution du maïs sous mon père avec les hybrides. J’ai vécu la magnifique évolution de cette plante. On ne peut pas se passer d’une plante qui a de tels avantages alimentaires.
Quels devraient être les axes de progrès pour demain ? Le potentiel de recherche doit être maintenu, défendu et soutenu. Avec l’hybridation, il y a très peu d’expériences telles dans l’histoire de l’humanité, nous n’avons pas le droit de perdre ce potentiel de connaissances. Il y a et il y aura des OGM dont l‘humanité aura besoin. L’essentiel est d’avoir la liberté de juger si on l’utilise ou pas.
Comment voyez-vous son rôle pour les 80 prochaines années ? C’est une plante injustement attaquée. Et les maïsiculteurs, qui se sentent souvent seuls, peuvent compter sur les organisations professionnelles pour les soutenir et entendre leur voix. Il faut que l’AGPM soit acteur et défenseur des recherches pour montrer l’extraordinaire potentiel de cette plante.





Société et communication

Plante d’innovations, le maïs est intimement lié aux aspirations des sociétés humaines et répond à leurs besoins de base : alimentation, matériaux, énergie. Mais qu’en est-t-il dans une société aux désirs multiples et souvent contradictoires ?  Le maïs est lié à des problématiques sensibles, il cristallise et est souvent pointé du doigt. Alors comment apaiser les relations entre le maïs et la société ? Comment renouer le dialogue ?

Pour Jean-Pierre Beaudoin, Conseiller stratégique de BM I&E, on ne gagne pas l’opinion en allant sur un terrain de l’opposant. On gagne quand on a la possibilité de choisir son terrain et de construire son argument.
Sophie Primas, sénateur des Yvelines, Membre de la Commission des affaires économiques et maire d’Aubergenville, s’exprime sur les combats judiciaires : « ces comportements, au nom d’une idéologie sont inadmissibles. C’est un gâchis pour la recherche car elle doit être encouragée. Je défens l’état de droit.
Sylvie Brunel, géographe et professeur à la Sorbonne, explique que le maïs n’épuise pas les sols, il habille les paysages. Le maïs est aujourd’hui l’emblème végétal d’une mondialisation pacifique.
Concernant un éventuel désamour des Français pour cette plante, les avis divergent. Selon Sylvie Brunel, il y a désamour parce qu’il y a une méconnaissance autour de cette plante. Alors il faut expliquer car elle a toutes les raisons d’être aimée. Mais pour Jean-Pierre Beaudoin, on ne peut pas parler de désamour car il n’y a pas de sentiment. C’est une plante que l’on ne connaît pas, qui est très présente mais qui n’a pas vraiment d’histoire en France. Sophie Primas estime que le maïs a une place importante dans l’économie et dans les exportations. Alors si on ne peut pas parler d’amour, parlons d’argent. C’est aux politiques d’expliquer qu’il ne faut pas avoir peur et qu’il faut laisser la recherche se développer.

Et comme cadeau exceptionnel à la hauteur de l'évènement, une invitée surprise Anne Roumanoff qui a su  captiver le public des 80 ans grâce à des sketchs personnalisés autours du maïs. Une surprise vraiment épatente !

@MaisDurable  #mais80